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LE POINT: SIEMENS-ALSTOM : VESTAGER DANS LE COLLIMATEUR DE LA FRANCE !

Siemens-Alstom : Vestager dans le collimateur de la France !
Rien ne va plus entre Margrethe Vestager et Emmanuel Macron. La commissaire « chouchou » du président contrarie la France sur la fusion éventuelle Siemens-Alstom.

Par Emmanuel Berretta
Publié le 05/02/2019 à 19:14 | Le Point.fr

La guerre est engagée en coulisses. Violente et sans concession. La cible ? Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la Concurrence, qui, selon toute vraisemblance, va retoquer, mercredi, la fusion Siemens-Alstom, chaudement poussée par Emmanuel Macron en France et les autorités allemandes à Berlin. La semaine dernière, la commissaire a été reçue par Bruno Le Maire à Bercy, puis par Alexis Kohler à l'Élysée. Les échanges ont été rudes. « Vous aurez la France contre vous ! » a soufflé le secrétaire général de l'Élysée. "Depuis le début de ce projet franco-allemand, les services de la Commission sont contre. Un haut fonctionnaire de la Commission s'est même permis de l'écrire sur Twitter avant même que la Commissaire examine le cas", accuse Bruno Le Maire.

Margrethe Vestager est soumise à une grosse pression. Elle s'appuie cependant sur le droit européen de la concurrence et les remontées des autorités de la concurrence nationales qui, partout, font savoir à Bruxelles que la fusion poserait d'énormes problèmes. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, est sorti du bois pour protéger la Danoise des attaques qui fusent : « En près de 30 ans, depuis l'entrée en vigueur des premières règles européennes en matière de fusions, nous en avons approuvé 6 000, et nous en avons bloqué moins de 30, souligne le Luxembourgeois. Ceci est un message pour ceux qui disent que la Commission est composée de technocrates aveugles, stupides et bornés. »

Pour Bercy, la Commission commet une erreur d'analyse
C'est exactement ce qui se dit à Bercy, qui reproche à la DG de la concurrence, coiffée par Vestager, de se tromper lourdement quant au sens de l'histoire. « Demain, les Chinois seront là et vont tout emporter si on ne crée pas, entre-temps, un champion européen ! » s'écrie-t-on dans l'entourage de Bruno Le Maire. L'analyse de la Commission restreint le marché pertinent de son analyse en écartant le Japon, la Corée du Sud et la Chine du champ de son analyse (considérant qu'il s'agit de marchés fermés aux Européens). Pour la France, la Commission pêche également par naïveté, refusant de voir que les Chinois profitent de leur fermeture et subventionnent leur champion CRRC pour mieux se projeter à l'international.

Aux yeux de Paris, Bruxelles commet une grossière erreur en produisant une analyse statique du marché qui ne prend pas en compte les évolutions mondiales en cours. "En Chine, le développement réseau de lignes ferroviaires à grande vitesse s'est fait à marche forcée. Si bien qu'il est désormais trois fois plus important qu'en Europe, souligne-t-on, à Bercy. Les parts de marché de Siemens et Alstom sont donc beaucoup moins importantes au niveau mondial que celles de l'acteur Chinois CRRC sur le marché de la grande vitesse." En outre, Bercy reproche à la Commissaire d'avoir segmenté le marché entre les trains à grande vitesse (250 à 300 km/h) et les trains à très grande vitesse (plus de 300 km/h). "Cette séparation nous semble peu justifiée alors qu'il y un continuum de marché et pas de segmentation nette entre ces deux marchés," ajoute-t-on à Bercy.

Arthuis : « Il est temps de porter ce débat devant l'opinion publique »
Margrethe Vestager, de son côté, n'a aucune envie de voir sa décision retoquée par la Cour de justice si elle devait être favorable. Donc, elle campe sur une analyse juridique en fonction du droit européen existant. Si les États membres en sont insatisfaits, ils n'ont qu'à changer le droit de la concurrence européen.

Jean Arthuis, le président de la commission des Finances du Parlement européen, est lui aussi très préoccupé d'un refus de Vestager. « Il est temps de porter ce débat devant l'opinion publique, lance-t-il sur Twitter. Les chefs d'État et de gouvernement, sous la pression de leurs administrations, campent dans le business as usual. Résultat : Brexit, [Mouvement 5 étoiles], Gilets jaunes... » Pour Bruno Le Maire, c'est à la Commission, dans sa collégialité, de prendre dans ce dossier une « position politique » qui dépasse les règles du droit européen classique. Pierre Moscovici, le commissaire français aux Affaires économiques, s'est déclaré favorable à la fusion envisagée mais réclame que tout le monde « respecte le travail de Mme Vestager » et lui fasse « confiance ».

La commissaire danoise était jusqu'ici dans les petits papiers du pouvoir macronien. On murmurait volontiers qu'elle était la candidate poussée par Emmanuel Macron pour la présidence de la Commission. Cette affaire Siemens-Alstom vient percuter de plein fouet cette belle entente. Mais on ne fera pas plier la fille du pasteur luthérien de Golsturp par des menaces, qu'on se le dise.